Les jours passent.. Parfois
tout le monde se réveille. Mais généralement certains ne se
relèvent pas de leur sommeil.. Soit ils étaient gravement malade,
soit ils sont morts de leur état de manque les drogues étant d'une
addiction extrême.. Et ainsi chaque matin, il y a toujours au
minimum un corps à se débarrasser..
Toutes les journées
sont pareilles.. Levé à l'aurore dès les premiers rayons
"exorciseurs" du soleil, toujours j'entends ce lourd soupir
silencieux qui émane de la ville barricadée et qui nait de la
fusion des contentements silencieux de chacun, signifiant "Je
suis en vie!" Ça m'échappe, certes je me réveille "sauve" moi
aussi, mais ma première pensée est que ça va recommencer ce soir,
puis s'en suit toujours la même interrogation une personne
m'acceptera-t-elle dans sa tente pour la nuit? La vie n'est que
survie, certes des personnes s'enquièrent de moi, mais je sens bien
que je bouscule leur préoccupations. Il faut le dire, personne ne
s'attend à avoir un enfant dans les pattes dans ce monde qu'est le
notre.
Comme les autres, aux
premiers rayons, je me glisse dehors et silencieuse vais
m'installer près du chantier, et je regarde. Des groupes se former,
trois ou quatre selon les vivants qui restent.. Un chargé de faire
le tour des tentes et ainsi repérer les éventuels cadavres qu'il
sortira ensuite.. Un second chargé de puiser l'eau au puits,
rassembler toute la nourriture et les produits possibles.. Le
troisième chargé de la coordination des chantiers du jour, passant
en revu les besoins en ressources, en étroite collaboration avec un
quatrième groupe lequel discute des expéditions à mener dans le
désert.. Tout se fait rapidement sans traîner, sous le signe de
l'habitude. Chacun sait ce qu'il a à faire sitôt que les directives
décidées sont à tous révélées, généralement d'aucun n'y trouve
chose à redire, parfois un impétueux ose n'en faire que selon ses
envies.. L'homme finit soit pendu, soit banni.. et j'ai vu une fois
le pauvre fût lapidé sur ce qui tenait lieu de place publique.. Je
n'oublierais jamais..
Une ou deux heures passent,
puis vient le moment où on me demande "d'Aller jouer ailleurs" , je
quitte alors sans attendre la poutre qui me servait de siège. Je
vais chercher ma ration d'eau et de quoi manger.. A cette seconde
action je sens des regards assassins me transpercer, je suis la
seule à boire ET manger chaque jour où nous ayons survécu.. Eux les
autres citoyens, se privent, ne s'autorisant de l'eau qu'un jour
sur deux quand ils ne sont pas de sortie dans le désert aride..
faisant de même avec les maigres rations de nourritures que nous
avons alternant ainsi l'un et l'autre un jour sur deux dans le
meilleur des cas.. Cas qui n'est jamais le meilleur, car toujours
ils se privent.. ou plutôt se sentent de se priver pour ne pas se
mettre quiconque à dos..
Je ne peux pas faire comme
eux.. Mon corps réclame et je lui donne. Ce n'est pas de ma faute
si je suis d'une faible constitution.. Et étrangement, je reste en
vie.. Je dois tirer des six à chaque fois sur le dé de la Vie.. Mes
rations dénichées, je me fais de nouveau invisible aux yeux de tous
et vais "camper" du côté des dernières constructions achevées..
Aujourd'hui, je choisis de m'asseoir au bord du grand fossé
laissant mes frêles jambes se balancer au dessus de ce vide béant..
Je m'imagine alors Ceux des Hordes qui lors de l'attaque de la
veille y sont tombés.. Je les sens à l'affut de ma chair fraîche et
jeune.. Parfois je crois même les entendre émettre des râles
d'accablements, dépités de ne pas me voir tomber.. C'est un
"amusement" comme un autre.. Je me demande parfois si papa et maman
sont là.. au fond de cette fosse à attendre patiemment ma chute
pour de dévorer à mort, ou me dévorer juste assez pour que je
devienne comme Eux..
La matinée s'écoule, les
groupes d'explorations sont sortis dans le désert, ne restent que
les chargés du chantier. De là où je suis j'entends hurler les
instructions, j'entends la scie couper le bois des souches,
j'entends la ferraille devenir d'importantes structures métalliques
dans l'atelier, j'entends le tout devenir une nouvelle défense, un
nouveau rempart contre Eux...
...
L'après-midi est bien
avancée, il y a longtemps que j'ai quittée mon "perchoir" de fossé,
j'ai erré dans la ville tranquillement sans rien en tête, ma
peluche toujours serrée contre moi, puis j'ai dormi dans une
tente vide son propriétaire s'étant absenté pour la journée.. Et
enfin j'en suis revenue au chantier. A même le sol je me suis
assise et j'ai regardé le projet du jour prendre forme, des
fondations.. Il est projeté de construire une ville factice qui
apparemment détournerait l'attention d'une bonne partie des Hordes.
J'ai parfois eu droit à un regard froid, d'autres fois à un regard
presque bienveillant auquel je répondais par mon mince
sourire..
Le ciel devient couleur
orange, la construction du jour s'achève sous les derniers coups de
marteaux portés sur les structures de métal. Les explorateurs
reviennent. Aujourd'hui, pas de blessé, il reviennent chargés comme
des mules et couverts de sang.. Ils ont dû combattre quelques
zombis insistants.. Ils vont déposer leurs trouvailles à l'atelier
quand il s'agit de ressources, dans la réserve des rations quand il
s'agit quelque denrées presque comestibles ou de produits
pharmaceutiques.. Tous les groupes dressent alors un compte
rendu de leur activité pour la journée qui s'achève.. J'entends
dire que les zombis voient leur nombre augmenter à proximité de la
ville.. J'en frissonne, même si je sais qu'ils ne se déplacent pas
la journée, mais la nuit tombée, ils seront les premiers à gratter
les murs fortifiés de la ville..
Il émane comme une sorte
d'allégresse, les trouvailles sont bonnes, la fausse ville pourra
être mise sur pied dès demain, tout le monde sera mis à
contribution, très peu partiront explorer. La "réunion" s'achève..
Toujours quand elle s'achève, les lueurs violacées dans le ciel
disparaissent laissant le noir de la nuit prendre place, beaucoup
rentrent sans attendre dans leur tente, d'autres restent à
proximité du chantier à discuter, rire parfois, et fumer.. Pas très
loin d'eux, leurs éclats de rire me parvenant m'arrachent à chaque
fois un maigre sourire.. Où vais-je dormir ce
soir?
Une main se pose alors sur
mon épaule, je sursaute à outrance prête à crier de toutes mes
forces, sitôt on m'adjure de me calmer, que je ne risque
rien, que je devrais rentrer, que ce n'est plus l'heure pour moi
d'être encore dehors.. Et je reconnais l'âme charitable qui m'avait
accueilli dans sa tente la veille.. Elle ressemble à une
grand-mère, pourtant elle est jeune encore, mais une abondante
chevelure blanche orne son crâne maintenant.. Elle m'attrape par la
main la serrant chaleureuse et bienveillante s'excusant de m'avoir
fait peur, elle m'entraîne à l'abri dans sa tente où m'attend une
petite couche de fortune que je quitterai pour me cacher au plus
loin lors de l'attaque à venir.. Elle m'y installe me parlant
doucement, déplorant mon état, pestant contre le rationnement d'eau
qu'elle comprend et que je comprend aussi; qui m'empêche le minimum
salutaire d'hygiène.. Puis elle peigne mes cheveux des ses doigts,
elle raconte des choses et d'autres sur sa vie, je l'écoute sans
l'interrompre acquiesçant seulement d'un hochement de tête
lorsqu'elle me posait une
question..
Mon nounours contre moi
serré, je me sens m'endormir contre Elle d'un sommeil léger qui se
coupera à Leur moment,